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Chronique n°66 : La Gueule de leur monde (Abram Almeida)

« Et nous, nous étions au beau milieu de cette déferlante à tenter de traverser la mer sur des embarcations de fortunes. Ça aussi ça défiait l’entendement… que tout ce beau monde prenne ces bateaux de la mort précisément parce qu’ils voulaient vivre. »


la gueule


la gueule de leur mondeTitre : La gueule de leur monde

Auteur : Abram Almeida

Édition : Papier Tales

Nombre de pages : 316

Date de publication : 13 juin 2018

Prix : 9.99€

Résumé : Lorsqu’un jeune diplômé africain se décide contre tout bon sens à rejoindre la horde de migrants qui tente de traverser la méditerranée pour atteindre l’Europe, on se doute déjà que quelque chose ne tourne pas rond dans ce monde. Mais comme tous ces indésirables fuyants la guerre, la famine ou Dieu sait quelle autre calamité dont seul le tiers monde a le secret, il a ses raisons.
Il est pourtant bien loin de s’imaginer ce qui l’attend au cours de son périple où rien, mais alors vraiment rien ne se passe comme prévu. Dehors il y’a désormais des djihadistes qui redessinent la figure du monde à l’arme lourde, des forces de l’ordre qui ne savent plus où donner de la matraque, des malfrats de tous bords qui font des affaires avec des vies humaines, le tout dans le dos de gouvernements trop occupés à se refiler tout ce monde de misère envahissante.
Notre héros lui ne voit pourtant aucune incohérence à toutes les invraisemblances de ce monde, c’est un Candide des temps modernes. Avec trois compagnons de route aussi touchants que comiques, il arpente les sentiers de la migration sans se soucier de ses dangers. Ces drôles de lurons arriveront-ils au terme de leur voyage ? Celui-ci en vaudra-t-il la peine ? Quoi qu’il en soit, l’Europe n’a qu’à bien se tenir… Ils arrivent !


la gueule


Pourquoi avoir lu/acheté ce livre?

J’ai eu l’occasion de lire ce livre grâce à son auteur (que je remercie encore) qui m’a contactée au début du mois pour me proposer de le lire. J’en suis très contente car ce livre sort de mes lectures habituelles, et j’ai adoré. Enfin, c’est bizarre de dire qu’on adore un livre qui traite de façon aussi crue d’un sujet pareil. Mais cette lecture est dingue.

Le style d’écriture

J’ai beaucoup aimé le style d’écriture, qui ne nous ménage pas. Les mots sont posés, clairement, on évite les non-dits. L’écriture est fluide, agréable et rapide à lire. Les mots de l’auteur sont crus, bien choisis, ils décrivent avec une justesse assez dingue les situations inimaginables que traverse le personnage principal. Autre petite particularité : le prénom du personnage principal n’est jamais donné. Mais vraiment, je crois qu’on ne le dit pas. J’ai trouvé que ça donnait une dimension encore plus forte au roman. Le personnage principal est un migrant parmi les autres, et son histoire pourrait être celle de n’importe quel migrant ayant réussi ou non à traverser. C’est d’ailleurs la même chose pour tous les autres personnages, ils ont des pseudonymes, des surnoms, mais pas de vrais prénoms. C’est vraiment un détail important, que je n’ai pas remarqué tout de suite. Ça renforce vraiment l’idée d’une identité collective. Peut importe comme ils s’appellent, ce sont des migrants. C’est la seule identité qu’on leur laisse porter, j’ai vraiment été choquée en le comprenant.

L’histoire et les personnages

L’histoire se déroule donc en Afrique. Le personnage principal, que l’on va surnommer Laser Boy (c’est le surnom donné par sa famille), est une jeune étudiant Africain, qui observe d’un œil critique et acéré son monde, son pays, son quotidien. Il est très alerte quant à la réalité, et c’est avec un regard détaché qu’il nous parle de ce qui va, et ne va pas. Surtout de ce qui ne va pas, puisque même si on choisit souvent de l’ignorer, il n’y a pas grand chose qui roule bien en Afrique. Il décide finalement de fuir son pays qui ne lui présente aucun avenir, pour essayer de faire valoir ses diplômes en Europe. Il vend tout, et quitte sa famille. C’est là que débute un long périple, chargé d’obstacles terribles et bien réels (et c’est ça le pire, c’est inimaginable pour nous, mais toutes ces situations sont réelles). Il va rencontrer beaucoup de gens, sympathiques ou monstrueux, il nous emmènera dans les recoins miséreux des villes Africaines, dans les petits villages encore plus miséreux, où les habitants manquent de tout et attendent juste la mort.

J’ai beaucoup aimé Laser Boy. Il a un regard juste sur le monde et décide de changer le sien. Il est courageux, car c’est un voyage dont malheureusement beaucoup d’Africains ne voient pas le bout, et quand ils le voient, c’est après avoir traversé des obstacles terribles. Il est juste et essaye de rechercher l’humanité dans des recoins où elle n’est clairement plus présente depuis longtemps. On traverse les épreuves avec lui, comme les spectateurs d’un parcours du combattant cruel. Car c’est ce que c’est, ce voyage. Un parcours du combattant grandeur nature, où tu perds bien plus que la partie si tu tombes de la poutre où si tu touches le mauvais cerceau.

EN BREF : Je pense que ce livre doit absolument être lu par le plus grand nombre. Ce roman donne une dimension réelle, et un aperçu de ce que vivent les migrants avant même d’arriver en Europe. Je sais que c’est un sujet qui fait débat, et je ne tiens pas à le lancer ici. Mais tout ce que ce roman nous montre, c’est que ce sont des êtres humains, avec des histoires plus terribles que ce qu’on pourrait imaginer (ou vivre ici), il dénonce l’horreur que fuient tous ces gens, et à quel point le désespoir et l’envie de vivre peuvent changer les choses. Je vous conseille vraiment ce roman qui sert de prise de conscience, et que j’espère faire découvrir au maximum d’entre vous.

Note : 20/20


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Un Chinois en Afrique c’est comme une malformation congénitale au milieu de la figure. On se demande ce que ça fait là.


Les femmes, leur vie n’était pas facile. Il n’y a pas que les locaux qui leur donnaient de l’amour contre leur gré.


Ça a toujours été pareil l’Afrique. Des guerres y’en a eu et des biens organisées, avec génocide, crime contre l’humanité et tout et tout. Des famines y’en a eu aussi des bien malodorantes, avec des enfants malnutris, des animaux morts de faim, des gueules squelettiques entourées de mouches… Les mouches ça va toujours avec la famine, c’est comme les asticots, plus y’a de morts, plus y’en a.


Alors bien sûr on racontait que si l’on ne voulait pas de nous, c’est parce qu’on était des fainéants et que nous ne venions que pour profiter des aides sociales, beaucoup d’entre nous ne savaient même pas ce que c’était et franchement certains croyaient plus au père Noël qu’en l’existence d’un truc qui s’appellerait Aide Médicale de l’Etat et prendrait en charge tous tes soins de santé. N’est-ce pas fantastique? C’est si beau que ça en est difficile à croire.

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2 commentaires sur “Chronique n°66 : La Gueule de leur monde (Abram Almeida)

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