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Chronique livresque n°37 : 54 Minutes (Marieke Nijkamp)

– Le deuil est un trou béant, pas vrai ? dis-je doucement.
Je ne sais même pas s’il m’entend, mais ces paroles sont autant pour moi que pour lui.
– Il est partout, il consume tout. Certains jours, tu crois ne plus pouvoir continuer parce que le désespoir est la seule chose qui t’attend. Certains jours, tu ne veux pas continuer parce qu’il est plus facile d’abandonner que d’être à nouveau blessé.


🖍🌹 Présentation 🌹🖍


54 minutes (Marieke Nijkamp)

Titre : 54 Minutes

Auteure : Marieke Nijkamp

Édition : Hachette

Nombre de pages : 304

Date de publication : 2 Novembre 2017

Prix : 15.90€

Résumé :

10 h 08 – KEVIN
Mec, il se passe quoi ? Réponds-moi !

10 h 09 – SYLVIA
Tyler est revenu.

10 h 11 – MATT.
Claire j’ai trop peur. Il tire sur les gens. Qu’est-ce que je fais ? CLAIRE DÉCROCHE S’IL TE PLAÎT !

10 h 27 – AUTUMN
Ça ne peut pas être vrai. Ça ne peut pas être Ty. Ça ne peut pas être mon frère.

10 h 30 – TYLER
Aujourd’hui vous m’appartenez tous.
Aujourd’hui vous allez m’écouter.

 


🖍🌹 Avis 🌹🖍


🌹🖍 Pourquoi avoir lu/acheté ce livre?

Tout d’abord, grâce à tous les lecteurs qui en ont fait de si bonnes critiques partout sur Instagram. Je le vois trainer sur Insta depuis sa sortie et j’étais très curieuse. J’ai aimé la façon dont les personnes en parlaient, mais aussi le résumé du livre, plutôt singulier, la présentation à l’intérieur, et bien sur, la couverture.

De plus, de par son sujet, c’est un livre qui me tenait à cœur. En effet, vous êtes très peu à le savoir, ce n’est pas quelque chose dont j’aime parler, mais j’ai perdu mon meilleur ami le 13 novembre 2015, lors des attentats de Paris, et plus précisément, celui du Bataclan. Le 14 novembre a été particulièrement pénible, et les jours qui ont suivi ont été bien pires. C’est un évènement qui a marqué ma vie, qui a laissé une trace indélébile sur moi, dans ma tête, dans mon cœur. Je me suis posée beaucoup de questions sur cette soirée, et je m’en pose toujours. Et, peut être que ça vous paraitra bizarre, mais lire des livres sur le sujet (les attentats) me fait du bien. Ça me permet de parler aussi de ces évènements traumatisants, que je ne pourrais et ne voudrais de toute façon pas oublier. Ce sujet est assez triste, et je n’aime pas l’aborder au cours d’une conversation. Je l’évite, et ça rend les choses encore un peu plus difficiles. Faire sortir les mots de temps en temps, et parler des personnes merveilleuses qui sont décédées là bas fait du bien. Comme un hommage pour dire, « regardes mon amour, je ne t’ai pas oublié, même si je t’évite ces derniers jours ». J’apprécie de voir que certaines de mes réactions ne sortent pas de nulle part, que d’autres les ont ressenti ou sont susceptibles de les ressentir dans la même situation.

🖍🌹 Style d’écriture

J’ai beaucoup aimé le style d’écriture de l’auteure. Sa plume est fluide, claire, agréable et légère. Elle nous porte de page en page vers un tourbillon d’émotions toutes plus intenses les unes que les autres. J’ai beaucoup aimé la manière dont le livre est découpé, en tranche de quelques (parfois même juste une) minutes. J’ai beaucoup aimé d’avoir le point de vue de plusieurs personnages, ce qui rendait ces quelques minutes (seulement 54!) d’autant plus intense! Intense, je crois que c’est le meilleur qualificatif pour ce bouquin. Il tient en haleine, et je regrette de ne pas avoir pu le lire d’une traite (aaahhh le job étudiant, toujours à voler du temps à la lecture!). Pour revenir aux différents points de vues, ils sont clairs, très bien indiqués, et les personnages sont assez différents pour qu’on ait bel et bien l’impression de plusieurs personnages différents (ce qui n’est malheureusement pas toujours le cas). Les sentiments des personnages sont bien mis en valeur, le lecteur est incorporé dans le roman et se retrouve complètement dans l’action, dans cette prison avec les autres personnages.

🌹🖍 Histoire et personnages

L’histoire prend place dans le lycée Opportunity. Les élèves sont réunis dans l’auditorium pour le discours de la proviseure Trenton. Il est 10h01, c’est un lundi comme les autres. Ennuyeux à souhaits. On rencontre Claire, qui sèche le discours pour s’entrainer avec son équipe d’athlétisme. Elle est accompagnée de son meilleur ami, Chris, de deux de leurs coéquipiers et de leur coach. Elle a un petit frère, Matt, qui assiste à la représentation du proviseur. On rencontre ensuite Tomàs et son ami Fareed, qui profitent de l’absence de personnel dans le lycée pour fouiller dans les dossiers du proviseur et sécher leur heure de colle. Tomàs cherche des informations sur Tyler. Il a une sœur, Sylvia. Il s’est beaucoup éloigné de cette dernière depuis un an. Elle sort avec une fille depuis quelques mois, Autumn, la sœur de Tyler. Autumn et Tyler ont perdu leur mère dans un accident de voiture 2 ans plus tôt, et comme elle, Autumn ne vit que pour danser.

C’est seulement 4 minutes plus tard que le cauchemar commence. Les élèves vivent alors les pires minutes de leurs vies, plus terrifiantes à mesure que l’heure passe. On assiste à la peur, la colère, la révolte, au chagrin, à l’humiliation, à l’incompréhension. On est face à des personnes de 15 à 18 ans et à des professeurs. Des personnes qui riaient et s’ennuyaient comme des lycéens normaux il y a seulement quelques instants. Les minutes s’écoulent et semblent durer des heures. C’est ce qui rend ce livre brillant. On vie ces quelques minutes en même temps que les personnages, et le temps qu’on met à lire chaque chapitre, chaque minutes, nous fait ressentir ces interminables 54 minutes. L’heure est indiquée précisément au début des chapitres, ce qui nous permet de mesurer l’ampleur et la vitesse des évènements. Je suis vraiment bouleversée par ce livre, qui est un vrai coup de poing.

EN BREF : Ce livre est magnifique, une ode au souvenir et à l’hommage. Il nous montre avec une réalité mordante un évènement qui peut arriver partout. Une personne bousillée qui décide que plus jamais elle ne sera seule, et qui décide de laisser sa marque sur le monde. C’est un livre qui nous montre aussi que les attentats ne sont pas causés par un type de personne en particulier, que ça peut toucher Monsieur Tout le Monde. Il montre les dégâts (dans les extrêmes) du rejet social, et l’importance de capter les signaux d’alerte. Il nous montre aussi que quoi qu’il arrive, ce n’est pas parce que nous n’avons rien vu venir que c’est de notre faute. C’est un livre qui m’a beaucoup retournée, que j’ai sincèrement aimer lire. J’ai adoré les personnages, très attachants, mais aussi les rebondissements. J’ai aimé que l’auteure ne s’enfonce pas dans les clichés, car je vous avoue que je les voyais arriver au grand galop. Je ne vous en dis pas plus par peur de vous en dévoiler trop, mais je serais très heureuse d’en discuter sur insta avec ceux d’entre vous qui l’ont lu (ou pas d’ailleurs).

Je finirai par une chose : si vous lisez encore cet article, rappelez vous de dire aux personnes que vous aimez que vous les aimez. Quittez tout de suite votre portable, votre ordi, allez les embrasser et dîtes leur que vous les aimez. Parce que vous ne saurez jamais si cette minute sera la dernière. Je ne vous dis pas de vivre dans la peur de la fin, mais juste, assurez vous que les personnes à qui vous tenez le sachent.

🖍🌹 Note : 20/20

Plume de l’auteure : 5/5

Scénario : 5/5

Personnages : 5/5

Ressenti : 5/5


🖍🌹 Extraits 🌹🖍


– Le deuil est un trou béant, pas vrai ? dis-je doucement.
Je ne sais même pas s’il m’entend, mais ces paroles sont autant pour moi que pour lui.
– Il est partout, il consume tout. Certains jours, tu crois ne plus pouvoir continuer parce que le désespoir est la seule chose qui t’attend. Certains jours, tu ne veux pas continuer parce qu’il est plus facile d’abandonner que d’être à nouveau blessé.


Nous sommes plus que nos erreurs. Nous sommes plus que ce que les gens attendent de nous.


La terreur est notre plus grande force, parce que nous avons peur uniquement quand nous avons quelque chose à perdre – nos vies, nos amours… notre dignité.


« J’aime que le ciel soit infini, a-t-il dit. Si je ne peux pas aller dans l’espace, je veux étudier les étoiles.Saviez-vous qu’en regardant ces lumières c’est vraiment comme si nous regardions dans le passé? – Ça veut dire que nous somme dans le futur? » Trace rigolait. « Non, nous sommes au bon endroit au bon moment. »


Je t’attendrai. Je t’attendrai jusqu’à ce que je puisse te dire au revoir. Ou peut être, peut être, peut être bonjour.


J’aurais aimé savoir qu’il nous restait si peu de temps.

amandine

Un commentaire sur “Chronique livresque n°37 : 54 Minutes (Marieke Nijkamp)

  1. Je me doutais un peu par les petits bouts de phrases que tu semais ça et là de ce qui était arrivé à ton meilleur ami, et je suis désolée pour lui et pour toi. Je te trouve très courageuse dans la façon dont tu en parles et même au travers de tout ce que tu fais, sache le! Et si ce roman a pu te remuer comme ça alors je me dis qu’il faut que je le lise pour comprendre un petit peu mieux ce qui a pu se passer là-bas. Je te fais de gros bisous Amandine, et reste aussi forte que tu l’es, même si certains jours c’est qu’un petit peu ♥

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